A.W.A.
de Shadi Alzaqzouq

du 1er au 23 septembre 2023

La galerie Talmart présente l’exposition personnelle de Shadi Alzaqzouq intitulée « A.W.A » (Arab With Attitude).

Vernissage le 2 septembre à partir de 18h

Le titre A.W.A fait référence au groupe de hip-hop américain N.W.A (Niggaz Wit Attitude) devenu culte dans le milieu underground des années 1990, dont l’un des membres fondateurs se faisait appeler Arabian Prince. L’attitude ici, est synonyme de « style ».

Son oeuvre : les toiles peintes de Shadi Alzaqzouq révèlent une connaissance sensible de l’histoire de l’art. Ses emprunts à différents mouvements de l’art classique comme à des éléments de la culture populaire contemporaine ramènent le spectateur à des codes déjà connus. Ses oeuvres souvent de grands formats, rappellent la peinture historique, mythique, ou biblique. L’artiste reprend la hiérarchie des genres en peinture, la mettant au service de son discours libertaire.
Sa maîtrise des techniques de la peinture à l’huile offre des scènes d’un réalisme frappant, dont les clairs-obscurs évoquent les chefs-d’oeuvre du début de la modernité baroque (XVIe-XVIIIe siècle).

Shadi Alzaqzouq se rapproche d’un Caravage (1571-1610) par son alphabet transgressif ou d’un Rubens (1577-1640) par le réalisme des matériaux qu’il représente. La touche est raffinée chez Shadi, elle cherche l’excellence, la véracité du trait. Il s’agit de saisir la grâce que recèlent le drame et la tragédie. Le peintre réalise des compositions narratives explicites, posant un regard courageux sur la part d’ombre politique et sociale. Ces clairs-obscurs intensifient chaque geste, chaque regard, apportant une profondeur à la narration, presque un air de mythe antique.

A.W.A. Shadi Alzaqzouq Galerie Talmart Paris
Shadi Alzaqzouq, Etat d’urgence, 2020

Shadi Alzaqzouq, Etat d’urgence, 2020, huile sur toile, 180x300cm

Shadi Alzaqzouq, Born to be wild, détail

La prise du pouvoir par les femmes est au coeur des préoccupations de l’artiste qui en fait presque une mythologie des temps modernes. Son tableau « Etat d’urgence » met en scène quatre femmes punk-musulmanes qui malmènent un policier, dans un décor de décombres, à la lueur d’un néon posé au sol. L’action suggère le symbole de l’Amazone « tueuse d’homme » comme l’a qualifié Hérodote, ou encore le geste irréversible de Judith tranchant la gorge d’Holopherne. La toile « Etat d’urgence » fait écho à l’affaire Théo de 2017, victime d’une «interpellation musclée» par la police.

Si Judith utilise l’arme du tyran pour le décapiter, les personnages féminins de Shadi s’emparent de la matraque du policier pour le menacer de l’usage qu’il en a fait sur sa victime. Des femmes-soldats qui vengent cyniquement le crime commis.

Shadi Alzaqzouq, Born to be wild, détail
Shadi Alzaqzouq, Born to be wild, détail

Le thème biblique de la charité y est mis en scène avec un procédé mobilisant les oeuvres de Rubens, « La charité romaine », et du Caravage « Les sept oeuvres de miséricorde ». L’idée qui sous-tend l’action représentée est historiquement située, donc révélatrice d’une époque. Le motif, lui, est intemporel et s’inscrit dans une histoire multi-centenaire.
Shadi Alzaqzouq hérite de ses maîtres, la mise en lumière de l’invisible, du mystère, de la mort. S’il ose outrepasser les lignes rouges, il reste indemne des interdits qui le frappent. « Indemne » est l’adjectif qu’emploie Yannick Haenel pour le Caravage dans l’ouvrage qu’il lui consacre, en opposition à la condition de « damné ». Il fait là, référence à la crainte de la damnation chez les contemporains du peintre italien, tentés d’acheter leur salut, afin d’échapper à la condamnation divine. Dans la tension clair-obscur de l’islam punk, Shadi installe son oeuvre du côté du salut et de la lumière.
«Le rameau d’olivier planté dans le dos du prisonnier est une flèche d’espoir.»

Il associe à sa foi musulmane et à son humanisme, la culture punk qui l’amène à exprimer dans son iconographie, son rejet des diktats. S’il a cette dextérité à éviter le pop art ou la dénonciation évidente, il manie les symboles pour proposer des scènes grandioses dont les composants reprennent des figures tantôt oubliées, tantôt qui animent les débats médiatiques.

Cette exposition vient affirmer la maturité du peintre. Parmi les travaux présentés, « Born to be wild » (huile sur toile, 2023) occupe une place centrale. On y voit une jeune femme portant le keffieh palestinien, allaiter secrètement un homme prisonnier.

Shadi Alzaqzouq, Born to be wild, in progress

Shadi Alzaqzouq, Born to be wild, huile sur toile, 160x200cm (en cours)

Shadi Alzaqzouq, God bless La France

Shadi Alzaqzouq, God bless La France, 2015, huile sur toile, 200x160cm

Shadi Alzaqzouq God bless La France, détail